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 Sujet du message: La région Champagne-Ardenne roule aux biocarburants
MessagePosté: 21 Mar 2006, 17:04 
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La région Champagne-Ardenne roule aux biocarburants

Le gouvernement a donné un signal politique fort à la filière agro-industrielle : la France doit tripler sa production de “pétrole vert” d’ici à 2007. Mais savez-vous qu’on roule déjà au Diester dans la région ?

Les biocarburants n’ont jamais fait couler autant d’encre et suscité un tel engouement. Dès son inauguration, un doux mélange de Diester (biogazole) et d’éthanol (essence verte) enivre la Foire de Châlons-en-Champagne. Un mois plus tard, Innovact nous faisait entrer dans l’ère de la bioraffinerie et de ses innovations prometteuses. Entre-temps, le gouvernement a donné un signal politique fort à la filière agro-industrielle : la France doit tripler sa production de “pétrole vert” d’ici à 2007. Mais savez-vous qu’on roule déjà au Diester dans la région ?

On en parle, on en parle... Certains prennentles devants et agissent ! « Dès 1987, nous avons mis de l’ester méthylique de colza, c’est-à-dire une des premières formulations de biodiesel, dans nos réservoirs de véhicules ! » A ceux qui redécouvrent les biocarburants quand flambe soudain le baril de pétrole, le directeur logistique pondéreux de Champagne Céréales, Yves-Marie Laurent, rappelle volontiers que le puissant groupe coopératif s’intéresse depuis longtemps aux produits de substitution à l’or noir : des liquides (huiles et alcools) issus des végétaux, en particulier des grandes cultures (colza, betterave, blé...).

Et pour cause. On sait tous que le juteux filon des énergies fossiles s’épuise. On connaît aussi parfaitement le coût, pour la France, de sa dépendance énergétique. Enfin, personne n’ignore les conséquences environnementales d’une utilisation tout pétrole dans les moteurs de voitures et de camions.

Champagne Céréales a toujours été en quête de nouveaux débouchés pour ses productions agricoles. Les valorisations non alimentaires, dont celles liées aux énergies, ont bien sûr très vite constitué des pistes de réflexion et de recherche, indique Yves-Marie Laurent. La Providence, l’une des coopératives à la base de Champagne Céréales, a ainsi été la toute première entreprise en France à effecteur des tests à grande échelle dans ce domaine, et ce, à la demande de la filière agricole et de l’Institut français du pétrole.

« Celui-ci cherchait une flotte de véhicules pour expérimenter et améliorer ses solutions. Nous avons d’abord mis à l’essai, sur une vingtaine de véhicules lourds et légers, un carburant à base de 20 % d’ester pur et 80 % de gazole, pendant plusieurs années. Nous avons fait rouler des moissonneuses batteuses et fait tourner des groupes électrogènes dans ces mêmes conditions. Et nous avons poussé l’expérimentation jusqu’à utiliser avec un biogazole à 100 %. La volonté, ici, a toujours été de coller au progrès, voire de l’anticiper. » Champagne Céréales s’est engagée dans ce sillon avec une relative discrétion, nécessaire dans ce type d’expérimentation. Le groupe que pilote Jacques de Bohan a, depuis, poursuivi l’expérience, accompagné par l’Ademe, la filière agricole et les... pétroliers, sous diverses formes.

« Ma 406, par exemple, a parcouru 200 000 km en trois ans avec un Diester à 50 %, sans aucun problème à la clé. Nous contribuons à la validation des progrès constants réalisés par les fabricants. » Il va sans dire que lorsque les entreprises disposant d’une flotte captive - et uniquement elles ! - ont eu le droit de remplir leur cuve avec un biogazole à 30 %, la coopérative a été une des premières à se faire livrer par Total en Diester (une marque de biodiesel). Ainsi, une des quatre stations-services du groupe délivre ce carburant mixte. Elle écoule quelque 700 000 litres par an de ce mélange détonant. Ce n’est qu’un début.

Faire tache d’huile

Le directeur logistique pondéreux de Champagne Céréales est régulièrement interrogé par des entreprises régionales sur les résultats obtenus sur les capacités techniques et les conséquences d’utilisation d’un tel mélange. « Totalement confiant dans cette solution »,il les encourage. La coopérative champenoise fait doucement école dans la région. Avec 3 millions de litres de carburant consommés en parcourant chaque année 11 millions de km, Sita Dectra s’est intéressé aux biocarburants et a basculé sans tarder dans cette logique à caractère clairement écologique. Somme toute normal quand on est une entreprise du secteur de l’environnement. Son directeur général, Arnaud de Calonne, auteur d’une “charte d’engagement” stimulant ses troupes, estime que rouler au Diester, c’est « mener une opération très concrète de développement durable ».

“Ma 406 a parcouru 200 000 km en trois ans avec un Diester à 50 %, sans aucun problème à la clé”

Sita Dectra a donc foncé dans cette voie, après un écobilan positif réalisé à la suite d’un tests portant sur 54 véhicules. Aujourd’hui, toute la flotte (300 PL et VL) passe à la pompe “verte” (mélange à 30 % légalement autorisé) et affiche fièrement l’autocollant “Le biocarburant pour l’environnement”. « Nous le faisons par conviction. Parce qu’il est prouvé que l’utilisation de l’huile de colza, dans les proportions aujourd’hui autorisées, permet de réduire de près de 25 % les émissions de gaz à effets de serre (CO2) et de diminuer de 20 % les rejets de particules dans l’atmosphère », insiste Jean-Pierre Guyard, directeur technique de Sita Dectra. Ce faisant, et ce n’est pas négligeable, Sita Dectra affirme son soutien aux cultures agro-industrielles de la région. « En sillonnant les campagnes, en traversant les jachères plantées en colza, nous n’hésitons pas à dire à nos clients que nous utilisons la biomasse issue des productions végétales locales. » Un argument commercial ?

Comme Champagne Céréales, Sita Dectra est membre de Partenaire Diester, une association qui fédère et accélère les échanges d’informations entre constructeurs automobiles, pétroliers, organismes officiels, collectivités et entreprises utilisatrices de ce carburant vert. Il faut se souvenir qu’un des pionniers de ce “club” fondé en 1994 a été la SEM de transports en commun d’Epernay. Sparnabus a déjà plus de dix ans de recul en la matière, et son directeur François Lourdelet est enthousiaste comme à la première heure : « Ce biocarburant a largement fait ses preuves : aucun souci mécanique n’a été constaté depuis qu’il est incorporé dans nos véhicules - nous réalisions nous-mêmes le mélange au début ! - et en termes de consommation, pas de différence avec le gazole. Aujourd’hui, outre nos quatorze bus et cars, tous les véhicules de la communauté de communes et de la Ville d’Epernay peuvent passer à notre pompe pour faire le plein, de la benne à ordures ménagères à la Mégane... Le Diester ne nécessite aucun investissement préalable, toutes les voitures diesel peuvent l’utiliser et on peut alterner avec des pleins de gazole classique sans problème quand on est éloigné de ses bases. » François Lourdelet fait volontiers ce calcul : « Douze fois par an nous recevons un porteur de Diester de 30 000 litres. Avec un mélange à 30 %, c’est comme si on nous livrait chaque année quatre citernes d’énergie propre à 100 %. » Une goutte d’eau dans la consommation hexagonale, mais déjà ça !

Des biocarburants près de chez soi

Le seul hic que soulèvent ces premiers Marnais convertis aux biocarburants, c’est le léger surcoût généré par le choix qu’ils ont volontairement opéré, moins pour se faire de la pub que pour s’inscrire véritablement dans le développement durable. Ce n’est pas le produit lui-même qui est réellement plus cher, les utilisateurs estimant au passage que leur fournisseur « fait un effort pour être compétitif », mais les frais occasionnés par le transport qui dopent le prix au final. Ils demandent donc en chœur que le site de stockage de carburants de Vatry, par exemple, devienne aussi une plate-forme délivrant du Diester. Ce qui raccourcirait considérablement les distances pour aller s’approvisionner, les pétroliers gardant la mainmise sur le mélange de biodiesel et son stockage. Selon eux, c’est indispensable compte tenu des normes sur les carburants et pour maîtriser la qualité dans la durée. Autrement dit à l’adresse des agriculteurs parfois tentés de devenir calife à la place du calife au pays du pétrole vert, chacun son métier et les vaches seront bien gardées !

Le maillage du territoire se fera, assure-t-on chez Total, mais comme pour tout marché émergent,on se heurte encore à un problème de seuil. Si d’autres entreprises à flotte captive se manifestent, ce positionnement peut évoluer. Tout repose sur le comportement des consommateurs et la volonté des politiques.

“La nature est le plus grand chimiste qui soit, les ressources générées par les plantes sont invraisemblables” Raffinerie végétale totale ?

Les premiers ne le savent peut-être pas, mais ils consomment déjà entre 1 % et 5 % de biocarburant dit banalisé (5 % étant le maximum autorisé aux pétroliers) quand ils roulent au volant d’une voiture diesel. Le pétrole vert n’a pas - ou plutôt n’a plus - d’odeur. Les seconds se doivent de préparer activement la mise en application d’une norme européenne de mai 2003 précisant les quantités de biocarburants à incorporer obligatoirement dans le gazole et l’essence : 2 % en 2005 et 5,75 % en 2010.

Suivant les recommandations du président de la République aux accents écologiques, Jean-Pierre Raffarin a décidé, le 7 septembre 2004 dernier, de passer à la vitesse supérieure, annonçant des agréments pour un triplement de la production française de biocarburants d’ici à 2007, soit une évolution de 420 000 tonnes à 1,25 million de tonnes (5 à 6 millions de tonnes envisagés à l’horizon 2010). Conséquence imminente pour l’agriculture : le triplement (à 1 million d’hectares) annoncé des surfaces destinées à couvrir les nouveaux besoins en végétaux. Et pour l’agro-industrie, la construction au pas de charge (sous trois ans) de quatre usines afin d’assurer la transformation en complément des unités existantes. Certes, les biocarburants restent plus chers à produire, mais la menace existe de voir des pays comme les Etats-Unis ou le Brésil, plus actifs que les Européens en la matière, prendre encore de l’avance sur les biocarburants.

Alors même que la France a défriché ce terrain avant tout le monde et que ses régions de grandes cultures peuvent fournir - « sans problème sur les quantités, la régularité et la qualité », affirment les producteurs
- les oléagineux (colza ou tournesol) nécessaires à l’élaboration du biodiesel comme les betteraves à sucre, les blés et maïs dont est issu l’éthanol.

Raffinerie végétale totale ?

La Champagne-Ardenne est évidemment concernée au premier chef. Tous les acteurs politiques et économiques souhaitent que la région se mette sur les rangs et fasse coup double, à la fois en valorisant une partie de ses débouchés, notamment non alimentaires, et en créant des emplois en secteur rural. Le Premier ministre, à l’aune de son plan, parle de 6 000 emplois (directs et induits) à créer au total en France.

Les incitations gouvernementales, dont toute la filière attend maintenant qu’elles se prolongent d’une exonération au moins partielle de la TIPP (taxe intérieure sur les produits pétroliers) sur les biocarburants, tombent plutôt bien. Car la région, à travers le projet Cristanol, porté par Cristal Union et ouvert à d’autres partenaires, avait une usine en préfiguration dans ses cartons, destinée à produire de l’éthanol. Le terrain pour la bâtir lui tend déjà les bras à Bazancourt (lire le supplément Innovact au n° 35 de Champ’éco).

Juste en face, à Pomacle, de son siège de DG d’ARD, Yvon Le Hénaff, qui phosphore avec ses équipes de recherche depuis plusieurs années sur la fermentation et le fractionnement végétal, notamment, relaie le vœu de ses principaux actionnaires de ne pas se contenter de construire ici une grosse distillerie. « Il faut aller plus loin, mettre en place une véritable raffinerie végétale où l’on produirait des biocarburants innovants, mais aussi des composés en lien à plus forte valeur ajoutée. Que ce soit des tensioactifs (détergents, émulsions, etc.) pour toutes les industries ou des biopolymères (cosmétique, pharmacie, industrie du diagnostic, etc.). Ou encore des biomatériaux... »

« Enfin, on sort de nos spécialités, on cesse de se polariser sur les chimies du pétrole, du chlore ou de la soude pour tendre vers d’utiles convergences,se félicite Jean Bonnal, past-président de l’Union des industries chimiques de la Marne. On s’aperçoit que la nature est le plus grand chimiste qui soit, que les ressources générées par les plantes sont invraisemblables. »

Ce qui fait dire à Christian Rousseau, président de CRD et de Nouricia que « le XXIe siècle sera celui de la chimie verte ! » Ce n’est pas une vue de l’esprit. Reste quand même à ne pas trop tarder, à créer la structure ad hoc et à mobiliser les financements nécessaires à l’aboutissement du projet champardennais, au risque de se faire souffler une fois de plus une grande idée...

Philippe Schilde

Source : http://www.champagne-ardenne-tech.fr/-s ... rticle=279

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MessagePosté: 06 Mai 2007, 11:32 
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